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Expérimenter l’IA en formation : ce que nous avons appris grâce au projet européen

À partir de septembre 2025, Live Session, en étroite collaboration avec ses partenaires autrichien Milenu GmbH et allemand Zentrum Bildung der EKHN, a exploré différents usages de l’intelligence artificielle appliqués à la formation synchrone des adultes. L’objectif n’était pas d’intégrer de l’IA pour l’IA, mais de partir des besoins exprimés par les formateurs et les apprenants afin d’identifier les usages susceptibles d’apporter une réelle valeur pédagogique.

Un an plus tard, après avoir mené et participé à de nombreuses expérimentations, nous disposons désormais d’un recul suffisant pour en tirer de premiers enseignements. Ces expériences nous ont permis de confronter les promesses des outils IA à la réalité du terrain et de croiser les regards de nos équipes, de nos partenaires, des formateurs et des participants.

Dans cet article, nous partageons les principaux constats issus de cette année d’expérimentation et les pistes que nous souhaitons retenir pour nos futurs projets de formation.

1. Partir des besoins des formateurs, et non des outils

Avant de tester des solutions, nous avons commencé par recenser les besoins rencontrés par les formateurs dans leurs pratiques quotidiennes. Plusieurs grandes familles se sont dégagées.

La première concerne l’accessibilité et l’inclusion. Comment rendre une formation accessible à un public multilingue ? Comment transcrire les échanges en temps réel, générer des contenus adaptés aux personnes malvoyantes ou dyslexiques, traduire en langue des signes ou encore prendre en compte différents canaux d’apprentissage — visuel, auditif ou kinesthésique ?

Le deuxième enjeu concerne l’engagement des apprenants : renouveler les activités, introduire davantage de ludique et créer des temps de pause ou de respiration au sein des sessions.

Enfin, un besoin très concret est apparu autour du soutien au formateur pendant l’animation. Les attentes sont nombreuses : résoudre plus rapidement les difficultés techniques, suivre la participation, faciliter le décompte des points lors d’un challenge, synthétiser des contenus denses, disposer d’un assistant pendant les ateliers ou encore accompagner individuellement certains apprenants sans interrompre le déroulement collectif.

À cela s’ajoutent des préoccupations transversales : protection des données, validation institutionnelle des outils et nécessité de disposer d’un accompagnement pour se former à l’IA.

Ce premier travail nous a permis d’adopter un principe qui reste essentiel : partir d’un problème pédagogique clairement identifié avant de chercher l’outil IA susceptible d’y répondre.

(Illustration générée avec ChatGPT (OpenAI), août 2026)

2. Ce que le terrain nous a appris

Les expérimentations ont confirmé le potentiel de l’IA, mais elles ont également permis d’en relativiser certaines promesses.

Premier constat : l’IA peut réellement dynamiser une formation. Les quiz et sondages (Live Quiz, Mentimeter, Wooclap), les infographies et mind maps générées avec Gemini Notebook, les avatars ou encore d’autres formats interactifs peuvent apporter de la variété et rendre certaines séquences plus ludiques. De petits changements peuvent parfois suffire à transformer la perception d’une activité par les participants.

Deuxième constat : l’IA peut soutenir le formateur sans se substituer à lui. Certaines applications peuvent prendre en charge des tâches périphériques à l’animation : assistance technique via des chatbots (agents conversationnels dans MLSM), production de comptes rendus ou de synthèses de réunion avec Gemini dans Google Meet, Live Assist de Fireflies.ai ou Copilot dans Microsoft Teams, création de présentations avec Gamma ou Canva, génération de musiques avec Suno ou Udio, création de vidéos avec HeyGen, Synthesia ou DaVinci, narration audio avec ElevenLabs, ou encore sous-titrage en direct avec Google Meet ou Webex. Des pods personnalisés peuvent également être développés dans Adobe Connect avec l’aide de l’IA, par exemple pour suivre certains indicateurs de participation, faciliter le décompte des points ou accompagner les participants pendant les ateliers. L’intérêt est alors de libérer le formateur de certaines tâches afin qu’il puisse se concentrer davantage sur les participants et sur la dynamique du groupe.

Troisième constat : la génération en direct n’est pas toujours la meilleure option. Pour une activité ou un quiz, il est souvent plus efficace de préparer le contenu avec l’IA en amont, de le vérifier, puis de l’utiliser pendant la session. La fluidité de l’expérience pédagogique doit rester prioritaire par rapport à l’effet de démonstration technologique.

Enfin, les retours montrent que les utilisateurs peuvent être impressionnés par les possibilités offertes par l’IA tout en exprimant une forte attente en matière de fiabilité, de simplicité et de maîtrise. L’IA peut faire gagner du temps, mais elle ne supprime ni la préparation, ni la vérification, ni le jugement humain.

3. Nos principaux apprentissages chez Live Session

Ces expériences nous ont conduits à formaliser plusieurs principes.

Moins d’outils, mais mieux maîtrisés

Multiplier les solutions au cours d’une même formation peut rapidement produire l’effet inverse de celui recherché. Chaque nouvel outil implique une interface, des consignes et parfois une connexion supplémentaire. Nous privilégions donc une approche progressive : introduire deux ou trois nouveaux outils IA maximum par session, en fonction de leur pertinence pédagogique.

Tester dans les conditions réelles

Un outil convaincant lors d’un test individuel peut se comporter très différemment dans une classe virtuelle réunissant plusieurs dizaines de personnes. Il est donc essentiel de tester les outils en amont dans des conditions aussi proches que possible de la situation réelle : plateforme utilisée, nombre de participants, navigateurs, droits d’accès, qualité audio, partage d’écran, etc.

Préparer l’IA avant le direct

L’une de nos conclusions les plus importantes concerne la préparation. Les activités, quiz, ressources ou assistants doivent autant que possible être préparés et configurés avant la session. Le direct doit rester simple pour le formateur.

Soigner les consignes

La qualité du résultat dépend fortement de la qualité des instructions données à l’IA. Une consigne vague produit souvent un résultat générique ou difficilement exploitable. Cela implique de préciser le contexte, l’objectif pédagogique, le public, le rôle attendu de l’IA et ses limites.

Garder un regard critique

La génération peut être rapide et impressionnante, mais rapidité ne signifie pas fiabilité. Les contenus générés doivent être vérifiés avant d’être proposés aux apprenants. Le recours à l’IA doit également être signalé lorsqu’il est pertinent de le faire, notamment lorsque certains contenus ou sujets présentent davantage de risques.

L’IA reste un soutien, pas un remplacement

C’est probablement l’enseignement le plus transversal de nos expérimentations : l’IA ne remplace pas le formateur humain. Elle peut l’assister, automatiser certaines tâches, proposer des ressources ou accompagner ponctuellement un apprenant. Mais l’animation, l’adaptation au groupe, l’interprétation d’une situation et la responsabilité pédagogique restent humaines.

4. Ce que le projet apporte à Live Session pour la suite

Au-delà des outils testés, ce projet nous a surtout permis de construire une méthode d’intégration de l’IA dans nos dispositifs de formation. Pour nos futurs projets, nous pourrons désormais partir d’une grille simple :

(Illustration générée avec ChatGPT (OpenAI), août 2026)

Cette démarche nous permettra d’éviter deux erreurs : choisir un outil parce qu’il est nouveau ou spectaculaire, et multiplier les technologies sans bénéfice réel pour l’expérience d’apprentissage.

Chaque outil pourra être accompagné d’un guide d’utilisation simple, précisant son intérêt pédagogique, ses conditions d’utilisation, ses limites et les bonnes pratiques identifiées lors de nos expérimentations.

Le projet nous a également montré l’importance de l’accompagnement au changement. L’adoption de l’IA ne repose pas uniquement sur la performance des outils. Elle dépend de la confiance des formateurs, de leur niveau de maîtrise et de leur capacité à comprendre ce que l’IA peut – et ne peut pas – faire. Commencer petit, démontrer rapidement la valeur ajoutée et accompagner progressivement les équipes apparaît donc comme une condition essentielle.

Enfin, cette expérimentation nous permet d’aborder les futurs projets avec une posture différente : ne plus nous demander d’abord “Quelle IA pourrions-nous utiliser ?”, mais “Quel problème pédagogique voulons-nous résoudre, et l’IA est-elle réellement une bonne réponse ?”

C’est probablement le principal acquis de cette démarche : passer de l’expérimentation technologique à une utilisation raisonnée, pédagogique et opérationnelle de l’intelligence artificielle.

Financé par l’Union Européenne. Les points de vue et opinions exprimés sont toutefois ceux des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement ceux de l’Union européenne ou de l’OeAD-GmbH. Ni l’Union européenne ni l’autorité octroyant la subvention ne peuvent en être tenus responsables.

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